‘Dental Life : enfin un monde signifiant’ Un billet de Jean-Paul Moiraud

» Posted by on Jan 14, 2012 in Blog, On en parle... | 0 comments

‘Dental Life :  enfin un monde signifiant’     Un billet de Jean-Paul Moiraud

Je ne suis pas dentiste, ni médecin, pas même infirmier … Je suis juriste de formation et professeur de gestion dans une section de design de mode. Quelle mouche m’a piqué pour venir écrire sur un blog dédié au monde de l’odontologie, lorsque l’hypothèse d’aller voir mon praticien habituel me plonge dans un abîme de stress ? Un point commun m’unit à Guillaume Reys, les mondes virtuels. Je pratique et j’analyse depuis trois ans les stratégies pédagogiques dans les univers immersifs (1) L’observation de l’île Ivoire me permet d’accumuler un riche matériel de recherche.

 

Le jeudi 12 janvier 2012, de 11 heures 15 à 12 heures 30, j’ai assisté à une conférence immersive. Un orthodontiste coréen est venu parler de ses pratiques professionnelles à propos de l’utilisation des vis d’ancrage en orthodontie. Cette conférence organisée était, en ce qui me concerne, un beau matériel de travail, un lieu privilégié d’observation. J’ai choisi de cadrer mon analyse en tenant compte des paramètres suivants : l’intention, le contexte, les outils, les acteurs, les ressources.

1 – L’intention.

Elle résulte d’un travail de fond de la part de Guillaumes Reys, qui consiste à (re)penser la FOAD en s’appuyant sur les fonctionnalités de l’environnement immersif Second Life.

2 – Le contexte

Il s’inscrit à la fois dans un contexte universitaire de formation (Guillaume Reys  est chargé d’enseignement à la faculté d’odontologie de l’université de Strasbourg) et dans un contexte professionnel d’échange entre pairs (cas de la conférence citée), dans un lieu d’autoformation de type LLL (Life Long Learning).

3 – Les outils

Il serait réducteur de résumer le monde à l’outil et l’outil au monde. Il rassemble un ensemble de solutions qui sont chacune des outils spécifiques (HUD, mur de tweets intégrés, diffusion de diaporama, voix, chat, gestuelle de l’avatar, objets à disposition des avatars …)

4 – Les acteurs

            4.1 Les acteurs du dispositif

Il faut prendre en compte la dimension réelle et la dimension virtuelle. L’acteur est à la fois humain et virtuel. L’humain est à envisager en tant que personne qui s’inscrit dans une démarche de formation, d’enseignement, d’apprentissage . L’avatar est la représentation de l’individu dans un espace de socialisation immersif signifiant. L’interaction s’opère alors dans le monde virtuel, il est LE lieu de vie et de construction des savoirs.

La question est difficile à cerner puisque on est en présence d’une interaction croisée, entre les humains et entre les avatars.

  • Entre les humains, bien évidemment, car tout est construit à partir d’une intentionnalité humaine résultante d’une scénarisation a priori. L’enseignant et l’apprenant vont agir sur et dans le monde virtuel ;
  • Entre les avatars. Il serait illogique de considérer l’avatar comme un élément neutre. Il s’inscrit dans un schéma interactif, il communique de plusieurs façons :

– La gestuelle de l’apprenant, de l’enseignant, de « l’avatuteur » (2) doit être pensée, elle permettra de s’exprimer dans le registre du non-verbal (3). Ce point amène forcément à se poser la question de la charge cognitive entraînée par cette gestion du mouvement ;

– L’habillement de l’avatar participe à cet acte de communication. Il est nécessaire de donner une cohérence au processus de formation, l’habit y participe ;

–  L’activation de la dynamique faciale (4) permettant de percevoir les acteurs qui s’expriment ;

– La communication par la voix puisqu’il est possible de parler en temps synchrone ;

– Le dernier point que j’évoquerais est la capacité de l’avatar à se mouvoir, non par le corps mais par la vue (l’avatar est doté d’une vue augmentée). Il est possible d’interagir par la vue et à distance (5)

On le comprend, la prise en compte de la place des acteurs d’un dispositif est un acte complexe, le préalable à toute interaction passe par une initiation.

4.2 – Les acteurs de l’ingénierie

Donner du sens à un monde virtuel, c’est avoir la capacité de scénariser en amont. La réussite des actions de formation est conditionnée par la capacité des techniciens à générer un monde signifiant. La seule capacité à « builder » et à « scripter » n’est pas suffisante, il me semble indispensable de générer une chaîne complexe de conception. L’usage et l’observation des mondes virtuels me permet d’affirmer, qu’à l’heure actuelle, la chaîne de conception se résume (trop) souvent à la capacité d’un seul individu (ou un groupe restreint) à intégrer ces diverses compétences.

5 – Les ressources

Ce monde est une ressource qui permet de produire des ressources.

C’est une ressource puisque c’est un lieu où l’on peut stocker des documents multimodaux (texte, image, son et vidéo), et utiliser des objets utiles aux constructions des savoirs et des compétences. C’est aussi un lieu de production de ressources car les interactions engagées favorisent leurs productions.

 

La conférence immersive

C’est sur la base des éléments évoqués en introduction que je suis venu écouter (disons observer) la conférence du Docteur Ju Young Lee sur les minis vis dentaires. Je me suis immergé dans le grand amphithéâtre de Dental Life (6) et j’ai assisté à une conférence parfaite d’un point de vue technique, pas de son haché, une diffusion du diaporama très fluide, une parfaite coordination entre le conférencier et l’interprète.

 

J’allais dire que nous avons assisté à une conférence classique, tellement classique que des esprits chagrins pourraient rétorquer qu’une diffusion avec un système de visioconférence habituel aurait donné le même résultat avec une infrastructure technologique moins lourde et une charge cognitive moins forte (un ticket d’entrée plus simple !). C’est un argument qui pourrait être recevable, mais …

On ne peut réduire un monde virtuel à une simple solution de communication de type one to one. Les univers immersifs sont une agrégation de solutions hétérogènes qui assemblées les unes aux autres deviennent cohérentes. On perçoit l’originalité du système comparé aux solutions de classes virtuelles habituelles. La grande différence est l’ immersion dans un univers 3D et la nature des  interactions qui s’y produisent.

 

J’avais commencé à esquisser une typologie des mondes virtuels dans un autre billet (7), j’y avançais les arguments suivants :

 

«Le monde virtuel comme instrument de formation en ligne, un lieu immersif de reproduction du lieu de formation. Mes cours sont de ce type. Les besoins exprimés sont de l’ordre spatial et temporel, le monde virtuel permet de gérer les interactions humaines pour un groupe géographiquement éclaté. L’inconvénient de la dispersion des compétences peut être résolu via les réseaux. Ce blog regorge d’exemples et d’analyses sur ce point

 

Le monde virtuel comme instrument de simulation – Le monde virtuel est paramétré pour que les acteurs simulent des situations du réel « possibilité de recréer des situations exceptionnelles pour mettre en situation des gens face à des situations qu’ils rencontreront rarement » Laurent Gout (2011). Le monde ne se substitue pas à l’acquisition de routines dans la vraie vie mais il permet d’anticiper des situations atypiques sans conséquences effectives IRL. Le monde virtuel permet d’analyser des situations extra – ordinaires par un procédé de répétition et d’analyse par retour en arrière (voir vidéo N° 2). Le monde dentallife s’inscrit dans cette dynamique de simulation ainsi que la salle d’urgence de l’impérial college of London.

Le monde virtuel comme lieu d’immersion dans un élément de savoir, comme processus spécifique. Les acteurs sont immergés dans une représentation du savoir (exemple des champs magnétiques) et interagissent avec l’environnement. Il semble qu’il soit possible, à ce stade, de croiser les travaux de ceux qui œuvrent dans les mondes virtuels et ceux qui développent des systèmes 3D.

 

Le monde virtuel comme instrument de co-construction des savoirs – Dans certains domaines il est possible d’utiliser le monde virtuel comme lieu de construction de concepts.»

 

Le vraie richesse et la cohérence du monde Dental Life réside dans sa structure protéiforme, c’est tout à la fois un serious game, un lieu d’apprentissage, d’enseignement, de formation tout au long de la vie (lifelong Learning), un point de rencontre entre le monde de la formation et le monde professionnel. Il me paraît, d’un point de vue pédagogique difficile de dissocier ces divers aspects. J’irais jusqu’à dire que le vrai enjeu des mondes virtuels réside dans la capacité à penser un lieu immersif 3D dans sa complexité.

 

Un monde virtuel est aussi appelé un monde persistant, ce qui signifie que l’on peut s’y rendre à tout moment. Voilà qui complexifie encore la donne. J’ai souligné précédemment que l’interaction était créatrice de sens, quid du sens lorsque les acteurs ont disparu ? Jeanne La Prairie, journaliste des Inrocks par une formule provocatrice s’étonne que second Life ne soit pas encore mort (8) elle écrit « Sur la plate-forme pour débutants, Welcome Island, censée expliquer comment marche la vie virtuelle, il n’y a personne. On dirait la fin du monde. Tant pis. » Eh oui nous sommes en monde PERSISTANT, il est possible de s’y rendre à tout moment ! comme dans la vraie vie où il existe des quartiers déserts la nuit, pendant le mois d’août, au moment du déjeuner … pourtant Jeanne La Prairie met le doigt sur une question sensible, Il faut donner du sens au monde virtuel lorsqu’il n’y a pas d’activité. C’est une question de scénarisation (les ressources). Le concepteur doit permettre au visiteur de comprendre les enjeux du lieu en l’absence d’activité sociale.

 

Dental Life est en passe de rendre le monde signifiant en l’absence d’activité, il y est possible de comprendre les enjeux grâce à un ensemble de lieux et à la présence de bots, agents conversationnels.

 

Tentative d’analyse de la séance de travail.

Je n’ai pu assister qu’ à la première conférence, j’en retire cependant des invariants (1) que j’avais déjà isolés :

– Le besoin de former les acteurs du dispositif. Guillaume Reys a pris la précaution de sensibiliser, de former préalablement les intervenants. Il n’a pas pris le risque (inconsidéré) de mettre en difficulté l’intervenant en le précipitant le jour de la conférence dans un environnement inconnu ;

– La gestion du son a été prise en compte de façon extrêmement professionnelle, la conséquence en est une conférence fluide, sans son haché.

– L’aspect vestimentaire des avatars n’avait ici pas d’importance, même s’il était assez facile de repérer les novices par le recours aux avatars standards proposés par Linden Lab. J’aurais eu un discours différent s’il s’était agit d’une simulation de pratique professionnelle ;

– La gestion de la voix. Communiquer par voix IP est un exercice qui nécessite une discpline, une organisation. La communication du docteur Ju Young Lee était traduite par (aka) Stéphaneranger Deluxe. Les deux acteurs ont évité de faire télescoper leurs voix, rendant ainsi l’écoute agréable.

 

Quelles conclusions peut-on tirer de cette observation ?

 

Ma posture d’observateur n’est pas de dire si le monde virtuel est une bonne solution ou pas, mais de tenter d’analyser les enjeux. Je constate qu’à cet instant des scénarios se construisent, que des mondes signifiants émergent, notamment dans le monde de la médecine et de la santé.

 

Les expériences qu’il m’est donné d’observer sont le fait de passionnés (Dental Life pour l’odontologie, Terra Toulouse ou Virtual Health pour la médecine d’urgence) qui ont dépassé le stade du bricolage (10) et qui ont des compétences au large spectre.

On peut imaginer, sans passer pour un utopiste (11), la constitution d’un espace virtuel français dédié aux questions de santé. Cela pourrait donner une force supplémentaire aux mondes virtuels (de formation) en jouant sur la collaboration et la co-construction. En exprimant ce point de vue, je pense à la nécessaire volonté politique des universités pour aider les enseignants pilotes dans ces démarches innovantes et assurément formatrices.

Le reportage image et vidéo de cette session

 

Reportage photos

Voir tout le reportage photo de Jean-paul Moiraud  ici

 

Reportage vidéo

 

 

NB : la qualité sonore de la vidéo ne donne pas une pas une idée juste de la fluidité du son au moment de la séance immersive (Je ne dispose pas de matériel professionnel de captation)

 

Jean-Paul Moiraud , aka Observerteacher

 

———————————-

 

(1) Les mondes virtuels et mes recherches http://tutvirt.blogspot.com et http://moiraudjp.wordpress.com (tag monde virtuel)

(2) L’avatuteur http://tutvirt.blogspot.com/2011/09/premiere-video-sur-les-gestes-de.html

(3) La communication non verbale http://tutvirt.blogspot.com/search/label/communication%20non%20verbale

(4) Les expressions faciales http://tutvirt.blogspot.com/2011/09/les-expressions-du-visage-de-lavatar.html

(5) L’immersion par la vue http://tutvirt.blogspot.com/2011/09/le-tuteur-immerge.html

(6) SLurl Amphithéâtre Dental Life http://maps.secondlife.com/secondlife/IVOIRE/156/52/552

(7) Typologie des mondes virtuels http://tutvirt.blogspot.com/search/label/typologie

(8) Les inrocks – « second life » pas encore mort http://www.lesinrocks.com/medias/numerique-article/t/75668/date/2012-01-06/article/second-life-second-souffle/ 

(9) « La stratégie du billard » – Intervention colloque Lyon juin 2011 https://srv-podcast.univ-lyon3.fr/videos/?video=MEDIA110623170714146

(10) Pourquoi les enseignants bricolent ? http://tutvirt.blogspot.com/2011/12/bricolage-ruse-et-subterfuge.html

(11) Utopie ou pantopie ? http://tutvirt.blogspot.com/search/label/utopie

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